Archives mensuelles : mai 2014

Mandat de Proglio : le bilan

Le 15 mai dernier, le pdg d’Edf a présidé la dernière assemblée générale de son mandat, lequel s’achève le 22 novembre prochain.

Désormais, la documentation rendue publique par Henri Proglio est à peu près exhaustive : il est donc possible, loyal et nécessaire d’établir le bilan de son action depuis cinq ans.

Pourquoi dresser ce bilan et comment ?  Quatre principes simples nous guiderons.

Premier principe : s’en tenir à la seule responsabilité de l’unique mandataire social d’Edf, Henri Proglio. Il ne s’agit pas ici de passer en revue tout ce que les cent mille collaborateurs d’Edf ni le groupe lui-même  ont accompli de grand coeur en 5 ans : un blog éternel n’y suffirait pas ! Il ne s’agit pas non plus de s’attacher à la personne physique mais en quelque sorte à la personne morale d’Henri Proglio : c’est l’action du mandataire social unique de Edf sa qui nous intéresse. Et ce d’autant plus qu’il a, dès sa prise de fonction, décidé d’être le seul dans l’entreprise à assurer et donc assumer cette responsabilité-ce fait exeptionnel d’un point de vue général est unique dans l’histoire d’Edf
puisque les statuts permettent la désignation de plusieurs directeurs généraux délégués, mandataires sociaux, ce qui est assez naturel dans un groupe de taille mondiale.

Deuxième principe : les analyses chiffrées que nous proposerons s’appuieront  sur les données publiées par le pdg d’Edf lors de l’annonce des résultats de l’exercice 2013 le 13 février puis lors de l’assemblée générale du 15 mai. En clair, il est exclu de fouiller dans les poubelles de l’histoire ou de l’actualité, ou de commettre, au détriment d’Edf, quelque indiscrétion que ce soit.

Troisième principe : il serait insensé  que la désignation ‎du patron de la première entreprise publique française, premier électricien d’Europe, premier producteur électro-nucléaire du monde, ne soit pas préparée par un débat public sur le bilan et la stratégie à venir, qui plus est au moment où l’on légifèrera sur la transition énergétique !

Quatrième principe : l’indispensable ‎pluralité intellectuelle de ce débat a pour corollaire implacablement logique la pluralité des projets et des candidatures ainsi que Pierre Moscovici l’avait déclaré avant de quitter Bercy ; il reste à savoir désormais si cette déclaration engageait le président de la République et si elle est reprise à son compte par le nouveau gouvernement; c’est un sujet sérieux, car un débat entre projets et candidats au pluriel qui serait étouffé avant la nomination ne manquerait pas de resurgir dangeusement après, au cours de la période brève mais intense qui nous sépare de 2017.

Quatre principes donc. Et quatre constats factuels et chiffrés en première analyse. Henri Proglio a pris ses fonctions en 2009, moment qui constitue le point de référence de son bilan. Que s’est-il passé depuis à la lecture des données publiées ?

Première donnée : en 2009 le cours de l’action d’Edf était de 42 € et il tourne aujourd’hui autour de 28 €.

Deuxième donnée : la dette brute s’élève à ‎100,1 milliards d’€ alors que « l’endettement financier net« , agrégat  mis en avant par le pdg, ne serait que 35,5 milliards d’€.

Troisième donnée : le taux de disponibilité (la productivité) du parc nucléaire est retombée à 79%, chiffre de 2009, ce qui constitue une nette contre-performance‎ à l’échelle internationale.

Quatrième donnée : 2013 a connu‎, même hors « événements (dits) exceptionnels« , une augmentation du temps de coupure d’électricité de 11%.

Voilà donc un premier éclairage de la documentation communiquée par Henri Proglio. Elle donne matière à débat. Pour s’en tenir à l’actualité de ces derniers jours, on ne s’étonnera pas qu’une telle gestion expose le cours de bourse d’Edf à plonger au moindre propos pourtant archi prévisible : une ministre-star qui se déclare hostile à l’augmentation des tarifs ou un journal qui rappelle l’accroissement des couts de la sureté nucléaire à la suite de Fukushima. Il est vrai que les épargnants sont payés, si l’on ose dire, pour se souvenir : sous Henri Proglio, le cours est descendu jusqu’à 13 €.

Bernard Brun, ce jeudi 28 mai 2014.